Il existe des instruments qui portent en eux l'âme d'un peuple. Le duduk est de ceux-là. Ce hautbois arménien à la sonorité profonde et méditative, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO, sera au cœur d'une soirée exceptionnelle le 11 février 2026 à la Salle Cortot, dans le 17e arrondissement de Paris.

Arsen Petrosyan, maître incontesté du duduk, réunit son quartet pour offrir au public parisien un voyage à travers l'histoire millénaire de la musique arménienne. Loin des clichés et des sentiers battus, ce concert propose une plongée authentique dans un patrimoine musical qui dépasse largement la figure emblématique de Komitas.

Dix siècles de musique arménienne

Le programme conçu par Arsen Petrosyan puise dans les œuvres de compositeurs et poètes qui ont façonné l'identité musicale arménienne depuis le Xe siècle. Grigor Narekatsi, moine et poète mystique dont les textes résonnent encore aujourd'hui, ouvre cette fresque historique. Le répertoire traverse ensuite les siècles avec Simeon Yerevantsi, ashugh du XVIIIe siècle, et Sayat-Nova, cette figure majeure de la poésie et de la musique arméniennes dont l'influence s'étend bien au-delà des frontières de l'Arménie.

À ces pages savantes s'ajoutent des chants traditionnels, des danses et des berceuses qui témoignent de la vitalité des traditions populaires. Cette alternance entre musique sacrée et profane crée un équilibre remarquable, offrant une évocation à la fois sensible et émouvante de l'Arménie.

Un quartet d'exception

La formation réunie pour ce concert à la Salle Cortot rassemble quatre virtuoses qui maîtrisent parfaitement les instruments emblématiques du patrimoine musical arménien. Aux côtés d'Arsen Petrosyan au duduk, Astghik Snetsunts fait chanter le qanun, cette cithare sur table aux cordes pincées qui apporte une texture délicate et ornementale. Vladimir Papikyan au santur, instrument à cordes frappées, ajoute une dimension percussive et mélodique, tandis qu'Avetis Keoseyan aux percussions dhol insuffle l'énergie rythmique indispensable aux danses traditionnelles.

Cette combinaison instrumentale n'est pas anodine. Elle reflète la diversité des influences qui ont nourri la musique arménienne au fil des siècles, tout en préservant son identité propre. Le duduk, avec sa sonorité chaude et légèrement nasillarde, reste l'élément fédérateur, celui qui porte la mélodie et l'émotion.

Le duduk, voix de l'Arménie

Fabriqué traditionnellement en bois d'abricotier, le duduk possède une histoire qui remonte à plus de 1500 ans. Sa reconnaissance par l'UNESCO en 2005 comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité a contribué à faire connaître cet instrument au-delà des frontières arméniennes. Sa sonorité unique, à la fois mélancolique et apaisante, évoque les paysages montagneux de l'Arménie, les joies et les peines d'un peuple millénaire.

Arsen Petrosyan compte parmi les interprètes contemporains qui perpétuent cette tradition tout en l'enrichissant. Son approche respecte les codes ancestraux tout en permettant au duduk de dialoguer avec d'autres instruments et d'autres répertoires. Cette soirée à la Salle Cortot illustre parfaitement cette démarche : tradition et spiritualité se rencontrent dans un cadre acoustique exceptionnel.

Informations pratiques

Le concert aura lieu le mercredi 11 février 2026 à 19h30 à la Salle Cortot, située au 78 rue Cardinet dans le 17e arrondissement de Paris. Cette salle intimiste, réputée pour son acoustique remarquable, offre un écrin idéal pour apprécier la finesse et la profondeur de la musique arménienne traditionnelle.

Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir la richesse du patrimoine musical arménien, cette soirée représente une occasion rare. Le quartet d'Arsen Petrosyan tisse un paysage sonore à la fois intime et majestueux, où la spiritualité ancestrale rencontre la vitalité des traditions populaires. Un moment de grâce qui rappelle que la musique reste l'un des plus beaux vecteurs de mémoire collective et d'identité culturelle.