Dix jours qui ont changé le destin de 4092 âmes

Imaginez la scène. Nous sommes au début du mois de septembre 1915, quelque part au large des côtes syriennes. Des bâtiments de guerre français fendent la Méditerranée. Soudain, sur les hauteurs rocheuses du Musa Dagh, un drapeau de fortune se dresse, accompagné d'une banderole suppliante. En contrebas, sur le massif, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants arméniens résistent depuis des semaines, armés de quelques fusils de chasse, refusant de se plier aux ordres de déportation des autorités ottomanes. Ce jour-là, le hasard, le courage et l'humanité se sont croisés. Et une page extraordinaire de l'histoire a commencé à s'écrire.

C'est précisément cette histoire que Jean Cordelle viendra raconter à Cannes, le 13 décembre 2026 à 15h, à la Maison des Associations, au 1 avenue des Broussailles. Une rencontre organisée par l'Union des Arméniens de Cannes et de ses environs, qui promet bien plus qu'une simple leçon d'histoire. Vous pouvez retrouver tous les détails de l'événement dès maintenant.

Une résistance que même Franz Werfel a immortalisée

Le nom de Musa Dagh — la « Montagne de Moïse » — ne vous est peut-être pas inconnu. Il a inspiré à l'écrivain autrichien Franz Werfel son roman monumental, Les Quarante Jours du Musa Dagh, publié en 1933, qui fit connaître cette épopée au monde entier. Mais derrière la fiction se cache une réalité encore plus saisissante.

Le 13 juillet 1915, les habitants de sept villages arméniens de la région reçoivent l'ordre de déportation. Plutôt que de marcher vers une mort quasi certaine dans les déserts de Syrie, ils prennent une décision d'une audace folle : ils refusent. Ils se replient sur le massif du Musa Dagh, s'organisent en véritable communauté combattante et tiennent tête aux troupes ottomanes pendant près de deux mois, du 13 juillet au 14 septembre 1915. Avec presque rien. Avec une détermination farouche et l'énergie du désespoir.

Ce qui frappe dans cette histoire, c'est l'organisation. Ces villageois n'étaient pas des soldats de métier. Et pourtant, ils ont réparti les tâches, rationné les vivres, monté des positions défensives, soigné les blessés, repoussé assaut après assaut. Chaque jour qui passait rapprochait pourtant l'issue tragique : les munitions s'épuisaient, la faim gagnait du terrain.

Le 5 septembre 1915 : l'horizon s'ouvre

Et puis, le 5 septembre 1915, l'inespéré se produit. Des navires de la Marine française, qui croisaient au large des côtes de Syrie, repèrent les signaux lancés depuis la montagne. Ce qui aurait pu rester une tragédie absolue bascule alors vers l'un des plus beaux actes de solidarité du XXe siècle.

Marins français et Arméniens se comprennent presque immédiatement. Ensemble, ils décident et organisent l'évacuation. Ce ne fut pas une mince affaire : il fallut faire descendre des milliers de personnes depuis les hauteurs jusqu'à la plage du Ras el Mina, puis coordonner leur embarquement vers Port-Saïd, en Égypte. Au total, 4092 Arméniens furent ainsi arrachés à la mort. Hommes, femmes, enfants, vieillards — toute une population sauvée par une opération aussi périlleuse qu'improvisée.

Comme le rappelle la présentation de la conférence, « aux heures les plus sombres de l'histoire des Arméniens, ils écrivirent l'une des plus belles pages de l'histoire de l'amitié multi-séculaire des Arméniens et des Français ». Cette phrase, à elle seule, résume l'esprit de cette rencontre.

Jean Cordelle, l'héritier d'une mémoire familiale

Mais pourquoi Jean Cordelle ? Parce que cette histoire n'est pas pour lui un simple sujet d'étude. Elle coule dans ses veines. Jean Cordelle est le petit-fils de Jean Le Mée, alors jeune enseigne de vaisseau de la Marine française, qui prit part à ces événements. On imagine aisément les récits transmis de génération en génération, ces fragments de mémoire qui finissent par devenir une quête.

Pendant douze années, Jean Cordelle a mené des recherches historiques minutieuses pour reconstituer, jour après jour, ce qu'il appelle « l'Épopée ». Le résultat de ce travail de longue haleine est un ouvrage intitulé L'Épopée des Arméniens et des Marins – Musa Dagh – Ras el Mina. Un livre plusieurs fois primé, et qui a reçu le label « 400 ans de la Marine » — une reconnaissance qui dit beaucoup de sa rigueur et de son importance.

Lors de cette conférence, il ne se contentera pas d'aligner des dates et des faits. Il entend aussi porter une réflexion plus profonde sur les causes et les conséquences de cette relation « inouïe de confiance et d'estime » qui a immédiatement uni Arméniens et marins. Comment, en quelques heures à peine, des hommes que tout séparait — la langue, la culture, l'histoire — ont-ils pu bâtir ensemble une opération d'évacuation aussi audacieuse et la mener à bien ? C'est cette alchimie humaine, cette fraternité née dans l'urgence, que Jean Cordelle cherche à comprendre et à transmettre.

Pourquoi cette conférence compte autant aujourd'hui

À une époque où l'on parle beaucoup de mémoire et de reconnaissance, ce genre de rendez-vous prend une valeur toute particulière. Le Musa Dagh symbolise à la fois la souffrance d'un peuple et sa capacité de résistance. Mais il raconte aussi une autre histoire, trop souvent passée sous silence : celle des gestes de solidarité qui ont existé au cœur même de la catastrophe.

Pour la communauté arménienne de la Côte d'Azur, et plus largement pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire franco-arménienne, cette conférence est une occasion rare d'entendre un récit de première main, nourri par un lien familial direct avec les événements. C'est le genre de moment qui transforme une page de manuel en une histoire vivante, incarnée, émouvante.

Et pour que l'esprit de fraternité qui traverse ce récit se prolonge au-delà des mots, la rencontre se terminera par un verre de l'amitié. Une belle manière de prolonger les échanges, de poser ses questions à l'auteur, et de partager un moment chaleureux entre passionnés d'histoire et de culture arménienne.

Informations pratiques

La conférence se tiendra le 13 décembre 2026 à 15h, à la Maison des Associations, 1 avenue des Broussailles, 06400 Cannes. L'entrée est fixée à 10 € pour le grand public et à 8 € pour les adhérents de l'U.A.C.E. Pour tout renseignement ou inscription, vous pouvez écrire à uace.info@gmail.com ou appeler le 06 19 65 69 16.

Il y a des histoires qu'il faut entendre au moins une fois dans sa vie. Celle du Musa Dagh et de Ras el Mina en fait indéniablement partie. Venez découvrir comment, il y a plus d'un siècle, le courage de villageois arméniens et l'humanité de marins français ont écrit, ensemble, l'une des plus belles pages d'une amitié qui dure encore. Retrouvez toutes les informations sur la page de l'événement et réservez votre place.