Une musique qui n'existera qu'une seule fois
Imaginez un pianiste seul face à son instrument. Le silence s'installe dans la salle. Ses mains ne savent pas encore tout à fait ce qu'elles vont jouer. Rien n'est écrit, rien n'est répété. Puis la première note tombe, et à partir de là, tout se construit dans l'instant — porté par l'écoute du public, l'acoustique du lieu, l'énergie du moment. Ce que vous entendez ce soir-là ne sera jamais rejoué de la même manière. Personne d'autre ne l'entendra jamais.
C'est exactement ce que propose Thibaud Mennillo avec Piano Ritual, un concert d'improvisations en direct qui se tiendra le 10 décembre 2026 à 19h au Théâtre du Jeu de Paume, à Aix-en-Provence. Et pour ceux qui suivent la culture arménienne de près, il y a là quelque chose de particulier : dans cette musique instinctive et libre résonne, entre autres, l'héritage de Komitas.
Aux frontières du classique, de l'improvisation et du sacré
Ce que fait Mennillo échappe aux étiquettes faciles. Ce n'est pas tout à fait un récital classique, ni un concert de jazz, ni une performance de musique méditative — c'est un peu tout cela à la fois, réuni dans un langage qui lui appartient. Son piano déploie des paysages sonores tour à tour puissants, hypnotiques et d'une grande sensibilité. Il y a des moments où la musique gronde, d'autres où elle se retient presque jusqu'au silence.
Car c'est justement là que réside sa singularité : chez lui, le silence compte autant que le son. Ce sont les respirations entre les notes qui donnent au concert cette qualité rare, cette impression de temps suspendu que ceux qui l'ont vécu décrivent presque comme un état méditatif. Le public n'assiste pas à un spectacle : il assiste à la naissance d'une œuvre.
Ses influences en disent long sur sa démarche. On y retrouve Bach et Ravel pour la rigueur et la couleur, Philip Glass pour le geste répétitif et hypnotique, Keith Jarrett pour l'improvisation totale — celui qui, avec son légendaire Köln Concert, a montré qu'un pianiste seul pouvait inventer une œuvre entière en direct. Et puis, au cœur de cet héritage, Komitas, ce père de la musique arménienne moderne qui a recueilli et sublimé les chants du peuple avant que le génocide de 1915 ne brise son esprit. Convoquer Komitas dans un concert d'improvisation, c'est faire dialoguer la mémoire et la liberté, la tradition et l'invention.
Un parcours qui n'a rien de banal
L'histoire de Thibaud Mennillo est aussi surprenante que sa musique. Né Leportois à Aix-en-Provence, il est issu d'une lignée musicale marseillaise. Son grand-père, Roger Mennillo, était pianiste de jazz. Pendant longtemps, Thibaud a tenu cet héritage à distance — comme on se méfie parfois de ce qui semble tracé d'avance — avant d'y revenir, non pour le reproduire, mais pour le réinventer. Cette tension entre honorer la mémoire et s'en affranchir traverse toute sa musique.
Avant de devenir pianiste, il a mené d'autres vies. Ancien athlète de haut niveau en décathlon, il a connu la discipline exigeante du sport de compétition. Il s'est aussi formé à l'ingénierie acoustique — un détail qui prend tout son sens quand on comprend à quel point il travaille l'espace sonore et le silence. Peu de musiciens abordent la scène avec une telle conscience physique et technique du son.
Ce parcours atypique nourrit une manière de jouer où l'endurance, la précision et l'écoute de l'espace se rejoignent. On sent, derrière chaque improvisation, quelqu'un qui a appris à durer, à se concentrer, à sentir un lieu.
Le fil arménien, du décathlon à Erevan
C'est peut-être le chapitre le plus émouvant de son histoire. Thibaud Mennillo s'est illustré à plusieurs reprises sur la scène internationale, et notamment en Arménie. Il s'est produit avec la State Philharmonia of Armenia, l'un des ensembles les plus prestigieux du pays. Il a également participé à la Journée nationale de l'Arménie dans le cadre de l'Exposition universelle d'Osaka, portant les couleurs d'une culture qu'il a faite sienne.
Surtout, il a enregistré un album à Erevan, intitulé Live in Armenia, qu'il a ensuite présenté à la prestigieuse Salle Cortot à Paris. Enregistrer en Arménie, jouer sous le regard de Komitas, faire vibrer à Erevan un piano né dans le sud de la France — il y a dans ce geste une reconnaissance mutuelle, celle d'un artiste qui a trouvé en Arménie une résonance profonde avec sa propre recherche musicale.
C'est donc avec une émotion particulière qu'il revient jouer dans sa région natale. Aix-en-Provence n'est pas une salle comme les autres pour lui : c'est là qu'il est né, là où son histoire a commencé. Présenter Piano Ritual au Théâtre du Jeu de Paume, c'est boucler une boucle — revenir chez soi après avoir voyagé loin, y compris jusqu'à Erevan.
Un lieu à la hauteur de l'expérience
Le Théâtre du Jeu de Paume, situé au 17/21 rue de l'Opéra à Aix-en-Provence, est l'un des plus anciens et beaux théâtres à l'italienne de la région. Son intimité, son acoustique et son atmosphère chaleureuse en font un écrin idéal pour un concert où le silence et la proximité comptent autant que le son. On imagine mal cadre plus approprié pour une musique qui invite à se poser, à écouter vraiment, à laisser le temps s'étirer.
Comment y assister
Le concert aura lieu le 10 décembre 2026 à 19h. Les tarifs sont pensés pour rester accessibles au plus grand nombre :
- Plein tarif : de 16 € à 35 €
- Tarif réduit : de 12 € à 20 €
- Moins de 18 ans : de 9 € à 15 €
- Groupes (6 personnes et plus) : de 12 € à 28 €
Compte tenu de la nature unique de chaque représentation et de la taille intime du théâtre, mieux vaut réserver sans attendre. Vous trouverez toutes les informations pratiques et le lien de réservation sur la page de l'événement Piano Ritual de Thibaud Mennillo.
Pourquoi ce concert mérite votre soirée
Dans un monde où tout se répète, se reproduit et s'écoute en boucle, Piano Ritual offre quelque chose de rare : l'irremplaçable. Une musique qui ne reviendra pas, un moment qu'on ne pourra pas revoir, une œuvre qui naît et s'éteint le temps d'une soirée. Pour la communauté arménienne de Provence et pour tous les amoureux de musique, c'est aussi l'occasion d'entendre comment un artiste français a intégré l'esprit de Komitas et de l'Arménie à sa propre voix.
Le 10 décembre 2026, à Aix-en-Provence, Thibaud Mennillo s'assiéra devant son piano sans savoir tout à fait ce qui va sortir de ses doigts. Et c'est précisément pour cela que la salle retiendra son souffle. Il ne reste plus qu'à en faire partie.