Un nom gravé dans le marbre du Cimetière des Rois

Il y a des noms qui dorment tranquillement dans la pierre, oubliés des passants pressés. Au Cimetière des Rois, à Genève, là où reposent Calvin, Borges et Grisélidis Réal, il en est un que peu reconnaissent : Stephan Elmas. Compositeur arménien né à Smyrne en 1862, mort à Genève en 1937, cet homme fut de son vivant salué par Franz Liszt lui-même. Et pourtant, aujourd'hui, son œuvre reste largement dans l'ombre.

C'est précisément pour rallumer cette flamme que l'association Arméniens historiques à Genève organise, le 4 août 2026, la 15e édition de sa Soirée Arménienne, à l'Église de Puplinge. Un concert dédié à ce lieu, mais surtout à la mémoire d'un enfant du peuple arménien que Genève a adopté comme le sien.

Elmas, le prodige que Liszt admirait

L'histoire de Stephan Elmas ressemble à un roman. Né dans une famille de commerçants arméniens de Smyrne, il perd très tôt sa mère. Repéré pour son talent exceptionnel, il est envoyé étudier à Vienne, où il travaille auprès des meilleurs pédagogues de l'époque. Ses compositions séduisent alors les plus grandes figures du romantisme : on raconte que Franz Liszt et Anton Rubinstein tenaient son travail en haute estime.

Elmas finit par poser ses valises à Genève, où il passera la majeure partie de sa vie, enseignant, composant, et léguant à sa ville d'adoption une œuvre pianistique d'une richesse rare. Sa musique, profondément ancrée dans la tradition romantique, garde pourtant cette sensibilité particulière, ce souffle qui trahit ses racines arméniennes.

Le programme du concert lui rend un hommage appuyé avec deux pièces majeures : la Fantaisie polonaise en fa dièse majeur, un morceau d'une virtuosité éblouissante, et son Trio avec piano en si bémol majeur, déployé en quatre mouvements — Moderato assai, Scherzo, Intermezzo et Rondo. C'est toute la palette d'un compositeur qui savait allier grandeur et intimité.

De la Genève romantique aux couleurs de l'Arménie moderne

Mais la Soirée Arménienne ne se contente pas de regarder vers le passé. Après l'entracte, le programme bascule vers un registre plus rythmé et oriental, comme un voyage qui mène des salons genevois jusqu'aux montagnes du Caucase.

On y entendra le Nocturne d'Edvard Baghdasaryan (1922-1987), page d'une tendresse poignante devenue l'une des plus aimées du répertoire arménien. Puis la Berd Dance de Martin Ulikhanyan (né en 1981), qui apporte l'énergie d'une nouvelle génération de compositeurs, ancrée dans les danses traditionnelles arméniennes.

Le concert culmine avec le célèbre Trio avec piano en fa dièse mineur d'Arno Babadjanian (1921-1983). Ce chef-d'œuvre — Allegro espressivo, Andante, Allegro vivace — est sans doute l'une des œuvres de musique de chambre arménienne les plus jouées au monde. Babadjanian, lui-même pianiste virtuose, y fait dialoguer la fougue romantique et le lyrisme mélancolique propre à l'âme arménienne. C'est une pièce qui prend aux tripes et ne lâche plus.

Un rendez-vous à ne pas manquer

En réunissant Elmas, le Genevois d'adoption, et les grandes voix de la musique arménienne du XXe siècle, cette 15e édition tisse un fil entre les époques et les terres. Elle rappelle que la culture arménienne, dispersée par l'histoire, continue de vivre et de résonner partout où ses enfants ont posé leurs pas — y compris au bord du lac Léman.

Le concert aura lieu le 4 août 2026 à 17h à l'Église de Puplinge, à Genève. Pour découvrir le programme complet et réserver votre place, rendez-vous sur la page de l'événement.

Il y a des soirées où l'on ne vient pas seulement écouter de la musique : on vient rendre à un homme le souvenir qu'il mérite. Stephan Elmas dort à quelques kilomètres de là. Le 4 août, ses notes le réveilleront.