Quand les lettres racontent l'histoire de l'arménologie

Imaginez un instant : 138 lettres soigneusement conservées pendant plus d'un siècle, témoins silencieux d'une époque où l'orientalisme français rayonnait à travers l'Europe. Ces précieux documents, échangés entre Victor Langlois et Marie-Félicité Brosset de juillet 1859 à janvier 1869, sortent enfin de l'ombre grâce au travail minutieux de deux chercheurs passionnés.

Le 21 mai 2026 à 18h, la Maison des étudiants arméniens du boulevard Jourdan à Paris accueille une conférence exceptionnelle animée par Béatrice Krikorian et Jean-Pierre Kibarian. Ces deux spécialistes présenteront pour la première fois au public cette correspondance qui constitue une source nouvelle et précieuse pour comprendre l'histoire de l'arménologie.

Victor Langlois et Marie-Félicité Brosset : deux piliers de l'orientalisme

Victor Langlois (1829-1869) fut l'un des arménologues français les plus brillants de son époque. Professeur d'arménien à l'École des langues orientales de Paris, il consacra sa courte vie à l'étude de l'Arménie médiévale, publiant notamment des travaux fondamentaux sur la numismatique arménienne et l'histoire des rois d'Arménie. Sa mort prématurée à quarante ans priva la recherche d'un esprit exceptionnel.

De l'autre côté, Marie-Félicité Brosset (1802-1880), installé à Saint-Pétersbourg, était déjà une figure établie de l'orientalisme russe. Membre de l'Académie impériale des sciences, il se distingua par ses traductions monumentales des chroniques géorgiennes et arméniennes. La correspondance entre ces deux savants révèle les échanges intellectuels intenses qui animaient la communauté scientifique européenne du 19e siècle.

Une décennie de dialogue scientifique

Ces 138 lettres couvrent une décennie cruciale, de 1859 à 1869, période durant laquelle l'arménologie se constituait en discipline académique à part entière. Elles offrent un aperçu unique sur les méthodes de travail, les découvertes, les débats et même les rivalités qui animaient ces pionniers de la recherche orientaliste.

Le corpus dévoile également les réseaux d'échange entre Paris et Saint-Pétersbourg, deux capitales majeures de l'orientalisme européen. On y découvre comment circulaient les manuscrits, comment se partageaient les informations sur les nouvelles découvertes, et comment se construisait progressivement un savoir collectif sur l'Arménie ancienne et médiévale.

Un événement pour les passionnés d'histoire arménienne

Cette présentation s'adresse autant aux chercheurs qu'aux amateurs d'histoire arménienne. Béatrice Krikorian et Jean-Pierre Kibarian, qui ont consacré des années à l'étude et à l'annotation de cette correspondance, sauront rendre accessible ce matériau historique exceptionnel. Leur travail d'édition critique permet de replacer chaque lettre dans son contexte et d'en éclairer les enjeux scientifiques et humains.

La Maison des étudiants arméniens, lieu emblématique de la vie culturelle arménienne parisienne depuis des décennies, offre un cadre idéal pour cette rencontre entre passé et présent. Située au 57 boulevard Jourdan dans le 14e arrondissement, elle continue de jouer son rôle de carrefour intellectuel pour la communauté arménienne de France.

Cette conférence représente une occasion rare de découvrir les coulisses de la recherche arménologique au 19e siècle et de comprendre comment s'est construite notre connaissance actuelle de l'histoire arménienne. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des idées et au patrimoine arménien.