Il existe des histoires qui traversent les siècles sans perdre leur éclat. Des récits qui, de bouche à oreille, de génération en génération, continuent de nourrir l'imaginaire collectif d'un peuple. Parmi ces trésors de la tradition orale arménienne, Hazaran Havk – L'Oiseau aux mille voix – occupe une place particulière. Ce conte ancestral, porté à son sommet par le poète Hovhannès Toumanian, s'apprête aujourd'hui à connaître une nouvelle vie sur la scène lyrique.
Le 6 juin 2026 à 15h30, la Cathédrale Sainte-Croix de Paris accueillera une rencontre exceptionnelle consacrée aux contes arméniens et à leur capacité à inspirer la création contemporaine. Au cœur de cet événement : la présentation par le compositeur et pianiste Arthur Aharonyan de son ambitieux projet d'opéra inspiré de ce conte mythique.
Un conte aux soixante visages
Comme l'expliquera le professeur Jean-Pierre Mahé, philologue, historien et membre de l'Institut, Hazaran Havk compte plus de soixante variantes dans la tradition arménienne. Cette richesse témoigne de la vitalité d'un récit qui, bien qu'ancré dans l'identité nationale arménienne, touche à des archétypes universels. Car si le conte reste une production anonyme et collective, strictement rattachée à une identité particulière, ses thèmes transcendent les frontières.
Pour Toumanian, cet oiseau merveilleux symbolise l'action civilisatrice – ou plus exactement ré-humanisante – de l'art. Son chant régénérateur rappelle à la société humaine qu'elle doit constamment purifier son âme pour ne pas sombrer dans l'égoïsme, la brutalité ou la férocité. Un message d'une actualité troublante.
Dans l'atelier du compositeur
Arthur Aharonyan proposera au public une expérience rare : pénétrer dans son atelier créatif pour découvrir les différentes étapes de la naissance d'une œuvre lyrique. Comment un texte ancestral, chargé de symboles spirituels et poétiques, devient-il la source d'une écriture musicale nouvelle ? Comment cet héritage culturel millénaire peut-il nourrir l'opéra arménien contemporain ?
Le compositeur présentera plusieurs extraits de son œuvre en cours, offrant ainsi un aperçu sonore de sa vision artistique. Cette démarche va bien au-delà de la simple présentation d'un projet : il s'agit d'une invitation à s'associer à une aventure artistique en devenir, celle de la naissance d'un nouvel opéra destiné à ouvrir une voie nouvelle dans le paysage lyrique arménien.
Un dialogue entre tradition et modernité
La rencontre bénéficiera également de la participation d'Ara Krikorian, éditeur et écrivain, qui apportera son éclairage sur la transmission de ces récits fondateurs. Ce dialogue entre le philologue, l'éditeur et le compositeur promet d'être riche en perspectives sur la manière dont la culture arménienne se réinvente tout en restant fidèle à ses racines.
Le professeur Mahé rappellera que l'ethnographie moderne a démontré que, malgré leur imprégnation ethnique, les scénarios des contes transcendent les barrières nationales. On peut même en dresser une liste universelle, largement partagée par toutes les nations du monde. Ces thèmes qui relient les contes entre eux constituent des symboles élémentaires des profondeurs de l'esprit humain en général.
Soutenir une création ambitieuse
Ce projet d'opéra est soutenu par l'association ARTEV, qui œuvre pour la promotion de la culture arménienne. Les personnes souhaitant contribuer à cette aventure artistique peuvent faire un don à l'association, participant ainsi à la création d'une œuvre qui enrichira le patrimoine lyrique arménien contemporain.
L'événement se tiendra dans le cadre majestueux de la Cathédrale Sainte-Croix de Paris, située au 13 rue du Perche dans le 3e arrondissement. Facilement accessible par les métros Filles du Calvaire, Hôtel de Ville ou République, ainsi que par plusieurs lignes de bus, ce lieu chargé d'histoire offre un écrin idéal pour cette rencontre entre tradition et création.
Plus qu'une simple conférence, cette après-midi promet d'être un moment de partage autour de la puissance des contes et de leur capacité à nourrir l'art contemporain. Car si l'oiseau aux mille voix chante depuis des siècles dans la mémoire arménienne, il s'apprête aujourd'hui à faire résonner sa mélodie sur les scènes d'opéra du XXIe siècle.