Quand les berceuses deviennent des actes de résistance
Il existe des histoires qui traversent les générations comme des lucioles dans la nuit de l'oubli. Des voix qui refusent de s'éteindre, malgré l'exil, malgré les ruines. Le 29 juillet 2026, au cœur du 19ème arrondissement parisien, Marie Yevkiné Tirard nous invite à un voyage intime et bouleversant : celui de la mémoire arménienne transmise par les femmes, par les poèmes, par les berceuses.
Au Centre Culturel de la rue de la Villette, l'artiste présente Poems and Lullabies of the Post-Nostalgic, un spectacle qui transcende les frontières entre musique contemporaine, art visuel et témoignage historique. Ce n'est pas simplement un concert : c'est un acte de résurrection mémorielle.
L'héritage de Yevkiné Diarian
Au centre de cette création se trouve Yevkiné Diarian, arrière-grand-mère de Marie, survivante du génocide arménien. Ses poèmes, longtemps gardés dans l'intimité familiale, deviennent ici matière vivante, portés par la voix de son arrière-petite-fille. Cette transmission générationnelle illustre la puissance des archives familiales comme instruments de résistance face à l'effacement.
Marie Yevkiné Tirard a construit son spectacle comme un conte poétique immersif, où la vidéo projection dialogue avec une musique contemporaine profondément ancrée dans les traditions ancestrales arméniennes. Le chant modal arménien et le saz, cet instrument à cordes millénaire, tissent une trame sonore hypnotique qui évoque les berceuses dont la mémoire orale résiste depuis plus de 3 000 ans.
Une méditation musicale entre passé et présent
Le projet explore ce que l'artiste nomme une "mémoire cryptographique et fragile". À travers des mélodies minimalistes, le spectacle ouvre un espace de rêverie où le chant devient instrument de survie. Cette approche résonne particulièrement avec l'expérience diasporique arménienne, où la culture orale a souvent été le dernier rempart contre l'oubli.
La performance ne se limite pas à une célébration nostalgique du passé. Elle interroge notre rapport contemporain à la mémoire, à l'héritage, à ce qui se transmet et ce qui se perd. Comment les générations post-nostalgiques, nées loin de la terre ancestrale, peuvent-elles porter et réinventer cet héritage ?
Un programme en deux temps
La soirée se poursuit avec une deuxième partie tout aussi captivante : le collectif PIN12 présentera sa pièce acousmatique "...Ma voix multiple qui soulève ces corps". Cette création électroacoustique explore les héritages postcoloniaux des histoires algériennes et vietnamiennes, mêlant documentaire sonore, field recording et musique concrète.
Cette programmation croisée n'est pas anodine. Elle tisse des liens entre différentes mémoires de l'exil et de la transmission, entre différentes manières d'audibiliser les récits de femmes en creux de ce qui n'a pas été dit, de ce qui n'a pas été transmis. Les deux performances dialoguent autour de questions universelles : comment faire entendre les voix effacées ? Comment la création artistique peut-elle devenir un espace de réparation mémorielle ?
Informations pratiques
Le spectacle aura lieu le 29 juillet 2026 à 18h au Centre Culturel, situé au 96 boulevard de la Villette dans le 19ème arrondissement de Paris. Le lieu est facilement accessible par le métro Colonel Fabien (ligne 2).
Cette soirée s'annonce comme un moment rare de communion autour de la mémoire arménienne et des mémoires diasporiques. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous ceux qui croient en la puissance du chant, de la poésie et de l'art comme actes de résistance et de transmission.