Un héritage qui traverse un siècle
Il y a des noms qui résonnent bien au-delà d'une simple carrière artistique. Garbis Aprikian est l'un de ceux-là. Chef de chœur, compositeur, pédagogue, cet homme discret mais infatigable a passé sa vie à tisser un pont entre la musique savante occidentale et l'âme profonde de la culture arménienne. En 2026, on célébrera le centenaire de sa naissance, et quoi de plus juste que de confier cet hommage à la jeune génération de musiciens qui, aujourd'hui encore, s'inspirent de son œuvre ?
Le concert du 100e anniversaire de la naissance de Garbis Aprikian aura lieu le mardi 3 novembre 2026 à la mythique Salle Cortot, au 78 rue Cardinet dans le 17e arrondissement de Paris. Un lieu qui n'a rien d'anodin : cette salle de concert, conçue par l'architecte Auguste Perret et inaugurée en 1929, appartient à l'École Normale de Musique de Paris, l'institution même qui porte aujourd'hui ce projet de mémoire.
Qui était Garbis Aprikian ?
Pour comprendre l'importance de cet événement, il faut remonter le fil de la vie de cet homme. Né en 1926, Garbis Aprikian a consacré une grande partie de son existence à la direction du chœur Sipan-Komitas, l'une des formations chorales arméniennes les plus respectées de la diaspora française. Sous sa baguette, des générations de choristes ont appris à porter la voix d'un peuple, à faire vivre un répertoire allant des chants liturgiques anciens aux compositions les plus élaborées.
Mais Aprikian ne s'est jamais contenté d'interpréter. Il a créé. Son catalogue de compositions puise abondamment dans les racines de la culture arménienne, et l'une de ses œuvres majeures, La Naissance de David de Sassoun, en est sans doute l'illustration la plus éclatante. Elle s'appuie sur l'épopée nationale arménienne « David de Sassoun » (Sassountsi Davit), ce récit héroïque transmis oralement pendant des siècles, où se mêlent courage, résistance et fidélité à la terre des ancêtres. Cette épopée figure d'ailleurs sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO, preuve de son importance universelle.
En choisissant de mettre en musique cette légende fondatrice, Aprikian a fait un geste double : celui du compositeur qui cherche à sublimer une matière littéraire riche, et celui du gardien d'une mémoire collective qui refuse de laisser s'éteindre les récits de son peuple.
Quand la jeunesse s'empare d'un chef-d'œuvre
Ce qui rend ce concert particulièrement touchant, c'est la manière dont il a été pensé. Plutôt qu'un simple concert-hommage figé dans la nostalgie, l'École Normale de Musique de Paris a choisi de faire vivre l'œuvre d'Aprikian à travers le regard de jeunes musiciens d'aujourd'hui.
Trois étudiants de l'établissement, lauréats d'une bourse spécialement dédiée à la transcription d'extraits de La Naissance de David de Sassoun, présenteront le fruit de leur travail. Ce n'est pas un mince défi : transcrire, adapter et réinterpréter une partition complexe demande une compréhension intime de l'esprit du compositeur, tout en osant y apporter sa propre sensibilité.
Sur scène, on retrouvera :
- Mia Malezija, soprano, ancienne étudiante de l'École Normale de Musique de Paris et désormais jeune professionnelle
- Stanislas de la Vergne, basse
- Laure Cholé, pianiste
- Cristian Monti, pianiste et compositeur
La rencontre de ces voix et de ces pianistes autour d'un même texte fondateur promet un moment d'émotion condensé. Car ce concert, d'une durée d'environ trente minutes, mise sur l'intensité plutôt que sur la longueur. Trente minutes pour faire dialoguer le passé et le présent, la mémoire d'un compositeur disparu et l'élan d'une génération montante.
La Salle Cortot, écrin d'une célébration
Il faut avoir mis les pieds à la Salle Cortot au moins une fois pour comprendre pourquoi ce choix a du sens. Réputée pour son acoustique exceptionnelle, boisée du sol au plafond, elle a la réputation de « sonner comme un Stradivarius ». C'est un lieu à taille humaine, presque intime, où chaque nuance de la voix et du piano se déploie sans effort. Pour rendre hommage à un compositeur dont l'œuvre repose autant sur la finesse que sur la puissance émotionnelle, difficile de trouver mieux.
Cette proximité entre les artistes et le public correspond parfaitement à l'esprit du projet : une transmission, un passage de flambeau, une conversation entre les générations.
Pourquoi cet événement compte pour la communauté arménienne
Au-delà de la beauté musicale, ce concert porte une charge symbolique forte. Garbis Aprikian appartient à cette génération d'artistes de la diaspora qui ont fait de la création un acte de survie culturelle. Dans un contexte où l'exil aurait pu diluer les traditions, ces hommes et ces femmes ont choisi de les faire fleurir sur une terre nouvelle, en France notamment, où une communauté arménienne vivante continue de transmettre sa langue, sa musique et ses récits.
Célébrer le centenaire d'Aprikian, c'est donc rappeler que la culture arménienne ne se contente pas de préserver son patrimoine : elle le renouvelle sans cesse. Voir de jeunes musiciens français et internationaux s'emparer de La Naissance de David de Sassoun, en comprendre les codes et se les approprier, c'est la meilleure preuve que cet héritage reste bien vivant et qu'il dépasse les frontières.
Pour les familles arméniennes d'Île-de-France, pour les amateurs de musique classique, mais aussi pour tous ceux qui découvrent la richesse de l'épopée de David de Sassoun, ce rendez-vous du 3 novembre 2026 est une occasion rare. Rare, car ces œuvres monumentales sont peu souvent programmées, et plus rare encore lorsqu'elles sont revisitées avec autant de soin par la nouvelle génération.
Un rendez-vous à ne pas manquer
Cent ans après sa naissance, Garbis Aprikian continue de rassembler autour de lui. Ce concert n'est pas seulement un hommage, c'est une preuve que la musique qu'il a écrite continue de parler à ceux qui n'ont peut-être jamais eu la chance de le connaître de son vivant.
Le 3 novembre 2026, à la Salle Cortot, prenez le temps de venir écouter comment David de Sassoun renaît sous les doigts et les voix de jeunes artistes passionnés. Toutes les informations pratiques et la billetterie sont disponibles sur la page de l'événement dédié au centenaire de Garbis Aprikian. Un moment suspendu où la mémoire se fait musique, et où la musique, elle, refuse tout simplement de mourir.