Sergei Babayan est un ami de longue date du Verbier Festival. Son dernier récital donne voix à des chants du monde entier, de son Arménie natale à Gershwin et Charles Trenet en passant par Monpou, Sibelius et Schubert.
--
Les œuvres de ce programme, toutes ou presque des adaptations de musiques chantées, brillent par la diversité de leurs caractères, leurs origines et même de leurs arrangements. Ainsi lorsque Liszt reprend Schubert, son pianisme naturel l’incite à orienter son arrangement d’une certaine manière, comme lorsqu’il octavie certaines répliques du Ständchen, qui ressemble ainsi plus que jamais à un duo amoureux. D’autres œuvres du programme sont des chants qui n’en sont pas, à l’image de l’Intermezzo de Manuel María Ponce, écrit pour le piano mais profondément inspiré dans sa forme comme dans sa dialectique harmonique par les chants traditionnels mexicains. Il faut dire un mot de Komitas, prêtre et compositeur arménien ayant consacré sa vie à la restauration des modes musicaux de la musique traditionnelle arménienne, depuis longtemps menacée par l’imitation de la musique religieuse occidentale, le compositeur ayant aussi, à la manière de Bartók, battu les campagnes de son pays pour en récolter plus de 3000 mélodies populaires. Sa musique, inspirée de la tradition orale, possède cette scansion qui fait du musicien un conteur.
Les œuvres de musique française choisies pour ce programme montrent subtilement les deux tendances de l’art vocal français ; le raffinement impressionniste avec Fauré, et la tradition plus populaire de la chanson, voire du cabaret, dont Poulenc est le meilleur exemple. D’autres héros de leur tradition musicale nationale ne sont pas oubliés, comme Sibélius en Finlande ou Mompou en Espagne, jusqu’à l’Amérique de Arlen et Gershwin.